Manu dibangoLe 24 mars décédait le chanteur saxophoniste Manu Dibango des suites du Coronavirus. Cet artiste originaire du Cameroun, était un nomade musical incorporant dans ses compositions, au fil de ses voyages et ses envies, de nombreux styles musicaux comme le jazz, le reggae, l’afrobeat, les musiques latines et africaines et le hiphop. Cet auteur prolifique, plus de 40 albums produits, précurseur de la World music, a accompagné de nombreux artistes, sur scène ou sur disques. Certains lui ont emprunté, avec ou sans son accord, pas mal de ses compositions ou lignes mélodiques. L’exemple le plus marquant étant le titre Soul Makossa, face B d’un 45 tours édité en 1972 que Manu Dibango avait écrit à l’occasion de la huitième coupe d’Afrique des nations à Yaoundé et qui est devenu le plus gros tube africain de tous les temps. On retrouve le thème du titre sur « Wanna be startin’ somethin » figurant sur l’album Thriller de Michael Jackson ou sur le titre « Don’t stop the music » de Rihanna.

https://www.youtube.com/watch?v=o0CeFX6E2yI

Ces «emprunts » ne furent pas crédités et  pour faire valoir ses droits, Manu Dibango intenta une action en justice à ses frais. Il obtint 2 millions de francs de Michael Jackson en guise dédommagement  et l’abandon définitif sur les droits d’auteur passés et à venir. C’est une belle somme pour l’époque mais qui peut prêter à sourire lorsque l’on sait que l’album Thriller s’est vendu à plus de 66 millions d’exemplaires depuis sa sortie. Et de la part de Rihanna ? Nada…

Confinement oblige et guidé par cette triste actualité je réécoute l’album Waka Juju, exemplaire vinyle de 1982.

https://www.youtube.com/watch?v=iFKf4MqTFoM&feature=youtu.be

Je ne me rappelle plus comment c’est glissé à l’époque, ce disque au milieu de ma collection, constituée dans sa grande majorité de groupes post-punk et Cold Wave ! Je l’avais découvert par hasard, coincé entre  Clash et Joy Division et intrigué par la pochette (superbe dessin réalisé par l’illustrateur Edoardo di Muro) je déposais la galette sur la platine. Dès les premiers instants mes Docs se sont mises à battre le rythme et mes cheveux (déjà passablement hérissés) se sont dressés sur mon crâne ! A cette époque j’étais complètement étranger à la world music et aux musiques africaines, mon expérience de sonorités « exotiques » se résumait à l’écoute assidue du premier LP de Linton Kwesi  Johnson, poète Dub originaire de la Jamaïque ! (Cet album est disponible à la Médiathèque et je vous le conseille vivement) Incapable de disséquer les différents courants musicaux qui constituaient cette musique entrainante et chaloupée, je me laissais emporter vers des contrées lointaines où le sable brûlant rongé par une mer limpide ceinturait une forêt luxuriante peuplée d’africaines avenantes à demi nues. Bref je délirais. Mon voyage enfiévré fut brusquement interrompu par l’arrivée impromptue de trois énergumènes crêtés et vêtus de cuir qui constituaient alors mon cercle d’amis. Imperméables à la moiteur de ce groove séculaire, c’est un d’œil circonspect qu’ils considérèrent cet instant de grâce qui me voyait onduler sur mon matelas en psalmodiant d’une voix qui se voulait profonde, des paroles dont je ne comprenais pas le moindre mot. Je répétais inlassablement « Sicalé sumpa onko aé », traduction phonétique d’une douce  litanie que chantait un chœur féminin sur le titre « Doula » tout en invitant le trio d’épingles à nourrice à me rejoindre. Etait-ce le choc de la découverte de sonorités si prégnantes ou la peur de se mesurer à un corps déjà  habité par le cœur tumultueux de l’Afrique sauvage? Ils préférèrent quitter la pièce non sans avoir au préalablement subtilisé  ma réserve de bières. Les barbares !

https://www.youtube.com/watch?v=rrJ1Lg5gXjs&feature=youtu.be

Et me revoilà, enmanu dibango cd ce jour si pesant de confinement, à être de nouveau hypnotisé par cette musique et entrainé loin de ces jours sans fin. La magie joue toujours. Les claviers aux harmonies si caractéristiques des années 80, le jeu du batteur Brice Wassy qui conjugue rythmes ternaires, syncopes et percussions traditionnelles, le saxophone rond et jovial de Manu Dibango et surtout les  compositions qui mixent la musique traditionnelle Yoruba du Nigéria et le jazz !

https://www.youtube.com/watch?v=Rl_npxEP-Nw&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=rdl4z9InK1s&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=PHR4fCouBL8&feature=youtu.be

Waka Juju reste pour moi un des meilleurs albums de Manu Dibango, la nostalgie sans doute. Il est aussi, pour ceux qui le connaissent, une des pièces majeures de sa discographie. Il est difficile de trouver ce disque de nos jours car étrangement il n’a bénéficié que d’une seule sortie en CD en 1990 et a été réédité en vinyle en 2019 en tirage limité. Espérons que le label ait la bonne idée d’actualiser son catalogue pour que vous puissiez, à votre tour, danser avec des déesses africaines !

Laurent

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